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Une lettre ouverte sur l'apiculture urbaine dans Le Devoir, écrite par deux étudiant.e.s à la maîtrise en sciences de l'environnement

Aussi impliqué.e.s dans le Collectif de recherche en aménagement paysager et en agriculture urbaine durable (CRAPAUD), voici la lettre ouverte écrite par Annie-Claude Lauzon et Mathieu Boyd, tous deux étudiant.e.s à la maîtrise en sciences de l'environnement, et publiée dans le quotidien Le Devoir le 22 mars 2013

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Pour un développement harmonieux de l’apiculture à Montréal

La pratique de l’apiculture en milieu urbain recèle des potentialités humaines et environnementales considérables qui justifient son développement actuel à travers le monde.  L’article «Le printemps du miel» publié dans votre édition du 9 mars relève bien certaines de ces vertus. Notamment la sensibilisation des citadin.e.s à l’effondrement mondial des colonies d’abeilles et la contribution de la production urbaine au développement de systèmes alimentaires locaux. Cet article comporte cependant plusieurs idées reçues sur l’apiculture urbaine qu’il importe de nuancer pour engendrer un développement harmonieux de cette pratique à Montréal.


Il présente d’abord l’apiculture comme une activité facile, ludique, et à portée de main pour toute personne ayant un peu de temps à y consacrer les dimanches après-midi d’été. Or l’apiculture est une pratique complexe à maîtriser, dont les paramètres de succès en milieu urbain restent en partie à préciser. Banaliser cet aspect comporte selon nous plusieurs risques.

Prenons l’exemple de New York, d’ailleurs cité dans l’article comme un modèle à imiter. En 2012 cette ville a vécu des épisodes d’essaimage1 récurrents à partir de ses ruchers urbains. Le phénomène serait attribuable à l’hiver doux et au printemps hâtif qui ont offert des conditions de reproduction optimales et permis une prolifération des colonies d’abeilles sur une plus longue saison qu’à l’habitude. Selon le New York City Beekeepers Association ces essaimages pourraient également être liés à une surabondance des colonies d’abeilles par rapport à la capacité du cadre new-yorkais à les nourrir.

L’exemple de New York montre que l’écosystème urbain est par nature complexe et que l’introduction d’une espèce comme l’abeille ne peut y être faite à la légère. Il en va du bien-être des abeilles et de leur cohabitation harmonieuse avec les habitants des villes. Le développement réussi du parc apicole montréalais appelle donc une démarche progressive et une vision d’ensemble pour assurer l’harmonisation des populations d’abeilles avec les capacités de support du cadre urbain et éviter les comportements indésirables. Elle exige également une maîtrise des connaissances techniques indispensables à la bonne conduite des ruchers. C’est dans cet esprit qu’une démarche de coordination des initiatives d’apiculture montréalaises est en cours depuis 2011.

Par ailleurs, l’apiculture urbaine ne peut être perçue comme une solution de type «panacée» au problème de la chute des colonies d’abeilles. Le fait que l’écosystème urbain soit un habitat particulièrement adapté aux besoins des abeilles, comme le prétend cet article, est une affirmation qui demande à être validée par la recherche. Dire que la ville est exempte de pesticides et que l’agriculture rurale se résume à des monocultures aspergées aux pesticides représente d’autres généralisations qu’il convient de nuancer.

Aussi, si certaines pratiques agricoles ayant cours en zone rurale contribuent à l’extinction progressive des pollinisateurs, c’est peut-être qu’il faut chercher à changer ces pratiques ! Se replier en ville avec quelques ruches ne réglera certainement pas ce problème. L’agriculture et l’apiculture urbaines représentent de puissantes opportunités pour la ville de faire le pont avec les réalités rurales et de travailler solidairement sur des enjeux qui, comme l’agriculture, concernent aussi bien les urbains que les ruraux. Il serait donc regrettable que ces pratiques se couplent à des discours qui conduisent la ville à se refermer encore plus sur elle même.

Sur un autre plan, quelle était la nécessité dans cet article d’opposer l’engagement des apiculteur.trice.s urbain.e.s à celui des manifestant.e.s du Printemps érable? Qui plus est en présentant le premier comme un engagement « inspirant » et sous-entendant que le second serait une sorte de révolte puérile. Une telle comparaison ne peut que se fonder sur une méconnaissance du mouvement de l’apiculture urbaine montréalais.

Car ce mouvement compte en ses rangs de multiples étudiant.e.s, dont plusieurs sont actif.ve.s politiquement. Plusieurs des adhérent.e.s à ce mouvement s’y impliquent également dans une perspective de transformation sociale et de réflexion critique sur l’environnement urbain. Cette représentation de l’agriculture et de l’apiculture urbaines comme apolitiques nous apparaît donc décalée des motifs pour lesquels nous agissons. Pour parvenir à un sain développement de l’apiculture à Montréal, il importe de dépasser ces idées reçues et de porter une analyse plus aiguisée, nuancée et fondée scientifiquement.


Mathieu Boyd
Candidat à la maîtrise en Sciences de l’environnement à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE-UQAM)

Annie-Claude Lauzon
Apicultrice urbaine et candidate à la maîtrise en Sciences de l’environnement à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE-UQAM)

Montréal, le 14 mars 2013
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